Rencontre Ouattara-Gbagbo au palais présidentiel : les 1000 mots derrière cette image !

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Comme deux vrais bons copains, Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo étaient tout sourire mercredi au Palais présidentiel. La classe politique ivoirienne l’aurait mérité que nous aurions tous accorder 100% de crédit à ce légendaire ‘’âtoû’’ entre ces deux leaders. L’expérience nous impose prudence en effet. Bien que cette rencontre qui fait sauter un gros verrou est riche d’enseignements.

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Cette image vaut à elle seule tout un cours de civisme. Un évènement qui devait pouvoir décongestionner les esprits, apaiser les cœurs et booster la marche vers la réconciliation. Il faut saluer la grandeur d’esprit de ces deux leaders. Et surtout croiser les doigts pour ne pas être une fois de plus déçus. D’autant que la rencontre en elle-même donne à réfléchir.

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La première moralité à tirer que la recherche de l’intérêt est un principe sacro-saint en politique. Pour son intérêt, celui de conforter sa légitimité, Alassane Ouattara a attiré Laurent Gbagbo dans son palais présidentiel. Celui-là même qui contestait sa victoire en 2010 et tout récemment (présidentielle 2020) l’égratignait pour « violation de la constitution». Au nom de ce même intérêt, le « Woody » Laurent Gbagbo s’est présenté en ces lieux le profil si bas. Tout sourire. Contrastant avec les souvenirs cauchemardesques liés au site desdites retrouvailles.

Pour leurs intérêts, Gbagbo et Ouattara se sont soudainement souvenus de leur lien de fraternité. Dans une ambiance « fraternelle et amicale » ils ont porté un toast à leur entrevue. Ignorant royalement leurs victimes. Pas même une minute de silence observée à l’endroit de ceux qui sont passés de vie à trépas quand ceux-ci ont décidé de plus être des « frères » en 2010.

A retenir également : il ne faut jamais, alors là jamais, prendre la parole d’un leader politique pour argent comptant. Le discours politique a une date de péremption très limitée. Ainsi le « Qu’on nous dise qui a remporté les élections en 2010 ? » et aussi «  Nous irons jusqu’au bout » de l’ex-détenu de la Cpi ont expiré. Ce contentieux reste entier. Et ça sera ainsi pour toujours. On ne saura jamais pourquoi et comment 3000 Ivoiriens ont été tués.

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Noter en sus que la versatilité et l’hypocrisie sont l’autre nom de la politique. Et c’est un mal visiblement génétique. Autant l’un renie son discours d’hier autant l’autre « frère » s’est offert le réflexe de se rappeler le deuil de feue Gado Marguerite. La génitrice de l’hôte du jour, décédée depuis octobre 2014.

La « fraternité » ou du moins la compassion sélective aidant, Alassane Ouattara n’était pas à ses obsèques. Bien au contraire, le Chef de l’État avait plutôt engagé ses émissaires à la Cpi pour plaider contre la liberté provisoire. Requête introduite paradoxalement par son « frère Laurent qui lui avait de revenir au pays pour enterrer feue Nabitou Cissé.»

En outre il est bon de savoir que les meilleurs metteurs en scène ne sont qu’à Hollywood. Nous assistons à une belle mise en scène dans la laquelle l’ex-Président campe le rôle du négociateur et l’actuel incarne celui du ravisseur. A côté de ces acteurs principaux les figurants Adama Bictogo et Assoa Adou ont aussi rempli leur fonction.

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Il y a environ 10 jours Bédié et Gbagbo réclamaient un dialogue national. La passe étant faite, le SE du Rhdp riposter. Ce qu’il fit. Rien que pour animer la galerie et surtout donner à la rencontre du 27. 10 jours plus tard, les mêmes Bictogo et Assoa Adou s’embrassaient à peine au palais aux côtés de leurs mentors respectifs.

De la théâtralisation, rien de plus. En fait ce qu’on veut cacher aux Ivoiriens est que la libération des prisonniers politiques est un acquis en compensation du 3è mandat. Et dans la deal, il fallait que Laurent Gbagbo sacrifie sa radicalité et qu’il reconnaisse «  Monsieur le Président Alassane » comme tel. Et le tournage s’est bien déroulé hier mardi.

Que les Ivoiriens sachent que le pouvoir politique est plus puissant que celui de la justice. Qui a tué Désiré Tagro, dans quelles conditions sont morts Bohoun Bouabré, Paul Dokoui, les « 7 femmes d’Abobo », les habitants d’Anonkoua Kouté, Méambly et ces autres milliers d’anonymes ? Ces questions resteront sans suite. Du moins au nom des intérêts politiques, la justice habilité à déterminer les coupables ne fera son travail.

Pourtant c’est justement au nom de cet impératif-réconciliation qui est tant brandi que la lumière devrait être faite sur ces crimes. Gbagbo et Ouattara ont rigolé hier mais qu’en est-il des familles Sery et Sory divisées depuis 2010 ? Le vrai pardon s’obtenant qu’après la  vérité et la justice.

 

Marius Aka Fils

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