Côte d’Ivoire/ Crise post-électorale : Si Grand-Bassam n’est pas réglée…

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L’on espérait passer un rabot sur les évènements malheureux de 2011 en Côte d’Ivoire. Hélas, les mêmes causes ont fini par produire les mêmes effets. Grand-Bassam, fierté nationale, patrimoine de l’Unesco, est en train de sombrer. A la base, le scrutin du 13 octobre dernier. Une autre crise post-électorale à fort taux de contamination, qu’il faudra juguler au plus vite.

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D’un côté, Jean Louis Moulot « vainqueur » et désormais Maire de la Commune de Grand-Bassam selon la Commission Électorale Indépendante (Cei). En face, Georges Philippe Ezaley « sort gagnant de l’élection municipale du 13 octobre, si l’on devait se fier à « la vérité des urnes ». Sinon à en croire le concerné, « en se fondant sur les procès-verbaux authentiques rendus publics sur les réseaux sociaux. ».

 Voici le tableau de la crise post-électorale version Grand-Bassam.  Qui dit vrai ? Il serait hasardeux de s’y aventurer pour l’instant.  Tout de même, la tournure des évènements commande une intervention rapide. Il va falloir vider ce contentieux sinon désamorcer cette autre bombe à retardement.

 

Attention à ne pas toucher au sacré

Se prononçant sur cette affaire, un gardien de la tradition nous disait ceci il y a quelques heures : «  Autant le bonheur d’une autorité se répercute sur son peuple, autant son malheur rejaillit sur ceux qu’elle commande. Ceci est tout simplement divin car rappelez-vous, c’est Dieu qui établit les autorités. »   Le premier volet de son propos n’est peut-être pas parole d’évangile. Mais en Afrique, les « Vieux », retenez bien le grand ‘’v’’, n’ont pas pour habitude de dire des contre-vérités. En règle générale, ces allégations se puisent dans ce vaste fleuve qu’est l’expérience de la vie.

Le fait est qu’il  y a eu Abobo, Plateau, le Gontougo, Port-Bouet, Séguéla…Mais à Bassam, le contentieux électoral ne s’est pas limité aux seuls acteurs politiques. Les fondamentaux du peuple N’Zima Kôtôtô sont menacés. Pis, le roi lui-même est descendu dans l’arène.

Sachez que lever le ton au sein du Palais royal est perçu comme une abomination en Afrique. Malheureusement, par la faute des Hommes politiques, on dira que Bassam a franchi l’infranchissable : Nanan  Amon Tanoé a été carrément hué dans son palais le dimanche 21 octobre dernier. L’autre sacrilège est que ce diplomate de carrière n’est pas qu’empereur N’Zima. Le dynaste est par ailleurs Président de la Chambre des rois et chefs traditionnels de Côte d’Ivoire.

Autrement dit, le processus de désacralisation de nos valeurs ancestrales est ainsi enclenché. Si le chef des gardiens de la tradition de Côte d’Ivoire est ainsi humilié, qu’en sera-t-il des têtes non couronnées ?  Pourtant il se trouve que le Moro Naba et Nanan Otumfuo Osei Tutu II, sont les derniers recours respectivement au  Burkina Faso, au Ghana voisins. Il est bon de savoir que dans ces pays il est absolument inconcevable qu’un tel scénario se produise.

 

Le Roi aurait été « peu adroit »

Nous avons appris que le garant moral du Royaume N’Zima se serait illustré d’une manière peu catholique sur le sujet. Nanan aurait pris parti dit-on. D’où le courroux des populations. Dans le même temps, la déformation professionnelle de Sa Majesté a dû refaire surface et l’homme aurait tenté de  ‘’justifier’’ sa position. De ses révélations habillées par le jargon diplomatique, l’on décèle que le roi subit une  ‘’pression’’ venue du sommet.  Quoique normalement ces ‘’explications’’ n’ont pas à priori force de conviction , normalement, disons nous.

Car un Roi, à fortiori ‘’le roi des rois’’, devait être cet absorbeur de chocs, cette institution, ce contre-pouvoir, l’autorité appelée à aider parfois l’Exécutif à revoir sa copie. D’ailleurs c’est le rôle que jouent ses homologues ghanéen et burkinabé.

Même si…

C’est la politique politicienne qui a mis notre biquet dans cette position inconfortable. Il faut bien par conséquent que les politiques de cette localité, voire au-delà, puissent assumer leurs responsabilités en repartant vers les populations pour vider entièrement ce contentieux et surtout ôter ce lourd fardeau à Sa Majesté.

Nous suggérons qu’au besoin l’on songe au recomptage des voix. Même si cette phrase fâche. Mieux vaut déranger les allergiques à cette pratique démocratique que de sacrifier toute une société. Peut-être que pour éviter toute confusion, la Télévision nationale devra prévoir une édition spéciale, un direct au cours duquel les populations assisteront à cette séance de recomptage des voix. A situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle ; conseillent les plus avertis.

Dans tous les cas, si réellement  les ‘’deux vainqueurs’’ sont conséquents, ils ne doivent pas avoir peur de se soumettre à cette épreuve de confirmation/validation. Et visiblement, ni Moulot ,ni Ezaley, n’est violent et le perdant reconnaitra sa défaite pour de bon.

Parce que le péril est énorme.  Aujourd’hui on parle de risque de destitution du roi. Le problème est que Nanan Tanoé est un humain certes mais représente ici une institution. Si pour une affaire de Mairie l’on en arrive là, il est clair que la société ivoirienne dans son ensemble se désengagera.  Avec Bassam c’est le peuple de Côte d’Ivoire qui est désormais embastillé. L’avenir est lourdement hypothéqué. Que deviendrons-nous si les têtes couronnées sont décoiffées pour de peu ? Imaginez une Afrique sans culture dans cette mondialisation où les plus forts vont jusqu’à imposer leurs déviations sociales aux plus faibles ?

 

Sauver aussi l’Abissa

Les adeptes de l’Islam et du Christianisme sont nombreux en Côte d’Ivoire. Il convient aussi de reconnaitre que l’Afrique a ses réalités. A en croire des sources, l’Abissa, au-delà du festif, représente une plateforme incontournable pour des pratiques ancestrales. Mieux, «  la stabilité, la paix, la cohésion sociale dans la zone sont liées  au renouvellement de certains pactes avec les mânes. Opérations qui ne s’effectuent qu’au cours de l’Abissa » Ajoutent nos éclaireurs.

Malheureusement, à cause de ce mal commun c’est-à-dire la politique, les porteurs du roi, le Komians (Ndlr : les prêtresses), certains chefs de village, une partie du peuple N’Zima, conditionnent la tenue de cette fête par « l’installation d’Ezaley à la mairie de Grand-Bassam. »

Si l’on n’y prend garde, Bassam pourrait être cette gangrène qui infectera toute la Côte d’Ivoire.  2020, ce virage qui hante les esprits, n’est pas loin. Agissons !

Marius Aka Fils  

 

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